26.06.2008
Seule avec l'été

J'ai marché, monté la pente du pré, bombé comme le front d'un jeune enfant. Plus loin, la forêt s'interposait déjà, offrant aux regards la racine dense d'une chevelure de chênes dont le vert plus foncé annonçait l'été.
Un instant l'existence fut surplombée.
La pluie brève, épaisse, m'a surprise, seule, devant le soleil qui se couchait, monnaie d'or reprise par le temps qui sait comme chaque jour est un prêt.
Je suis restée là-haut, dans le vent chaud et froid, sur ce plateau décivilisé, seule avec l'été.
Et je scrutais mon coeur pour savoir si j'aimais encore quelqu'un à cet instant. Non, pas quelqu'un, car j'étais trop apaisée pour avoir besoin de dire un amour limité à deux yeux touchants, à une voix chérie. J'aimais trop pour offrir ce baiser empoisonné d'amour humain, ce lien qui isole tant ...
C'était Dieu qui était tout mon amour, et dire son nom, c'était comme accepter toute l'humanité.
Alors, ne sachant plus en quel coeur étranger me perdre, ayant opté pour l'amour inconditionnel qui ne blesse jamais à mort mais à vie, j'ai prié, le nez enfoncé dans un oreiller de prairie, la peau zebrée d'étoiles, des bleuets écrasés sous ma joue, ne souhaitant d'autre cathédrale que les hautes herbes lasses et pâles du champ fané, d'autres vitraux que les bleuets mêlés aux coquelicots défaits, voiles rouges dans un océan de marguerites qui m'écoutaient, blanches et calmes comme des Carmélites.
09:58 Publié dans Petits poèmes en prose | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poesie, poemes chretiens, murielle antonello