13.08.2008

"Je t'ai gravé dans la paume de ma main"

Psaume du serviteur, Isaie.

Née,
Je me cogne à la vie.
Et derrière ce mur
Il y a la mort.

Celle-là ! Elle fait mine d'exister
Quand tout cesse de vivre !

Arrete de pleurnicher !
Soldatesque qui perdra,
Et ses armes, et sa solde, mais pas son honneur
Puisqu'elle mourra.
Bat-toi quand meme !

Empoigne le temps,
Par la sale peau de son cou,
Par chaque minute pleine de lèpre !
Par chaque seconde visqueuse, immonde crachat !
Travaille-les, jusqu'à la corde, pour entrevoir
Dans leur usure
Leur trame de drames et l'envers fade de l'éternité !

Choisis ta noyade!
Empoigne ton ame, hardiment !
Allez ! Prends-la entière, par son manche de reves !

Et sabre ! Sabre-moi tout ça !
Le désespoir ! Peuh !
Pour une fois, il va savoir pourquoi il pleure !
ça va saigner,  et jusqu'à l'os !

Pauvre vieille envie, toute racornie !
Pauvre vieille toute jaune qui mange son propre foie !

Orgueil, excrément des esprits cabrés ! honneur de corrida,
Droiture torve des chevaliers de pacotille !

Gourmande bafreuse ! contemple ton ame qui digère le monde
et ton esprit ventru ... panse où la pensée est un suc digestif !

Avare aux mains fines de soie comptée qui recompte chaque grain de poussière,
Aveuglée par ce qu'elle a et non par ce qui est,  
Recompte tes os, et patiente dans ta tombe ouverte.
Tu auras entre les touffes d'herbes mortes, bientot ton salaire.

Cuisses mouillées jusqu'à leurs béances, reins qui vont seuls sans que quiconque les dirige,
O luxure, panthère maculée d'ennui !
Ma tentation tendre, qui commence toujours
Par le jumeau de l'amour et finit par ressembler à la haine...

Paresse ... la vie comme un veillée endormie...
je ne sais rien de plus doux que rien faire et ceci déjà est une activité.
Et le monde se défait autour de moi et s'enfle de toutes les choses
Que je dois éviter sous peine d'enfer...

Colère douce comme le miel, comme disait Achille,
Colère ! mes délices rouges et dorés, brame de ma volonté
A l'orée de la volonté d'autrui !
Mes voluptés par la bouche expirées
Et qui ploient le monde comme une badine ...

Toi qui lutte, du sang plein le nez et le coeur renversé par terre,
Comme ça, sans plus rien dedans
Toi qui t'es tant dépouillé
Que meme le vide serait une possession,

Si tu as le courage du vrai dénuement,

Sabre-moi tout ça ! toutes ces douceurs amères !
C'est pour rien. Tu le sais maintenant.
Mais c'est encore mieux.
Regarde ! Le temps de respirer, de reprendre ton souffle
Et TOUT est à refaire !
Tu sais maintenant, jardinier de toi-meme,
Que les herbes parasites sont toujours les plus robustes !

O santé de fer du péché !
O constitution de centenaire du pécheur !
Le vieil homme ne veut pas crever !

Et toi, frele redresseur de tes propres torts,
Des tiens, pas ceux des autres (ça, c'est le travail, ou la manie, des donneurs de leçons
et des régimes totalitaires),
Tout droit, tout dur, mais si petit dans ta jeune vertu !
Tout blanc et tout juste !
T'as l'air fin meme si tu as mis dans le mille !
Car ça ne t'aide pas beaucoup d'avoir raison. C'est normal.
C'est signe que tu es sur le droit chemin dont on a omis de te dire
Que c'est une vraie VACHERIE.
Ne dis à personne que tu as trouvé comment mourir (c'est-à-dire comment vivre).
On t'enfermerait. Les gens ne savent plus rire.

Non, non, non, reste sur le ring !
Ah ! j'aurais pas du te parler comme ça.
Tatata, tu vas pas te tirer ?
C'est pour échapper à la peur, que tu t'enfuies ?
Tu vas pas me laisser seule comme une cloche sans fromage ?
Un peu de légereté au bord du gouffre ! C'est le secret pour ne pas tomber trop mal.
Dans la vie, comme dans la mort, il faut savoir tomber.
Mais avec grace, la grace étant, en l'espèce, le courage qui est la beauté de l'honneur.

Tu n'as pas compris encore ?
Esprit de puce, papillon paralysé par sa propre valeur,
Je te le dis : Pour respirer une goulée de plus
D'air un peu plus pur
D'esprit un peu moins vicié
Il ne te reste que le défi et la bravade !

Ah, je sais, je sais.... c'est mal vu de nos jours la pureté.
Ces crétins de contemporains journalistes, politiques, poètes officiels (reconnus-z'e-primés) n'ont pas compris que la pureté
ça n'a rien à voir avec l'origine, le sang, la race, les obsessions d'aujourd'hui ... Eh ! c'est un poème qui s'écrit, là, tout de suite, ce n'est pas un manifeste !
et puis la vérité ... moi je botte en touche. C'est Dieu qui sait, balle au centre. C'est Dieu qui sait et vous etes tous des dégonflés.
Non, la pureté, c'est autre chose que ces histoires de continents, de génome, et de frisures de cheveux plus ou moins prononcées...
Alors toi, n'aie pas peur de la vouloir, de la désirer meme, cette pureté, ce concentré de candeur.
Veuille cette descente de neige à peine pondue des anges sur ta tete sainte. Te voilà baptisé !

Que pourront contre toi désormais
Et les deuils et la maladie, et les départs
De ceux que tu aimais
Et qui n'ont rien su de ton amour ?

Après CELA, rien n'est plus que risible,
Léger effleurement d'une aile de papillon,
Et qui laisse une cicatrice de sabre, mais sans souffrance aucune ...
Après CELA, maintenant, peux-tu vraiment encore te craindre
Sans éclater de rire ?

Sois un homme !
Dieu ne te demande pas plus !

Il ne te demande ni d'etre brave, ni d'etre froid,
Ni d'etre bon, car Lui seul l'est sans contrainte.

Sois seulement celui qui essaie.

Et vole-toi, dépouille-toi de tout,
De tous.
Rien ne mérite d'etre tenu.
Tu n'es le gardien de rien.
Sois vacant.
Et laisse-toi hanter du chant sans remède
De l'univers, bille qui roule dans la main pure de l'Eternel...

Celui qui t'aime tant
Qu'Il t'a gravé dans la paume de Sa main.
Quand tu feras ta mue
Quand ta peau craintive d'homme nu
Tombera et que tu revetiras
Des oripeaux d'or léger de l'Esprit...

Comme enfin tu te comprendras
Comme tu aimeras
Et comme tu sauras que tu es aimé !

21.04.2008

En mai sur KTO TV

A suivre les 8 et 15 mai prochains, 19h30, dans l'émission de Régis Burnet, ART ET CULTURE, deux chroniques consacrées à deux poètes Pyrénéens :
Tout d'abord, Philippe Mac leod ;



Ce très grand et profond poète contemporain, né au Maroc en 1954, nous livre une oeuvre splendide de simplicité, qui se conçoit comme un "poème-pélerinage", à découvrir notamment dans son dernier livre, paru ce mois-ci chez Ad Solem, l'Infini en toute vie.
Les Pyrénées en sont le théâtre, et la recherche de Dieu se conquiert comme un sommet.
A méditer, tiré d'un recueil publié en 1997, chez le même éditeur, ce vers où le Suprême Patriarche dit au serviteur qui le cherche :
"Je t'ai donné mon bâton qui ne peut accomplir que ton propre miracle” ("Au milieu de la nuit”).

Puis, nous finirons avril avec Francis Jammes, poète faussement rural ...
 
 
Jammes croqué par Guitry

Sa poésie proche de la nature traduit en réalité une proximité avec le Créateur qui manifeste sa présence partout, de la simple tige de menthe à la bête de somme, notamment au travers de ces ânes omniprésents dans l'oeuvre du poète en tant que témoins de la simplicité et de l'humilité dont tout disciple de Jésus doit s'inspirer. Je remercie chaleureusement à cette occasion l'association Francis Jammespour son aide précieuse, lors de la rédaction de cette chronique, que j'ai pu illustrer grâce aux visuels qu'elle m'a fait parvenir.