09.09.2006
Chanson de la Lorraine (ou Chanson de Jeanne)
Lorraine,
Avec un ciel collé aux semelles de tes plateaux
Et ce fleuve qui gardait si mal
Son eau à fleur de terre, jumelle des cieux pales ...
Aujourd'hui,
Les fils téléphoniques où se tissent les conversations
Passent là, le 20e siècle a posé sur toi son tampon
Et tu fais un salut plein de pluie.
Le sceau du 20e siècle, les soldats ont eu bien mal.
Dans ta glaise jaune saignaient les godillots.
Tout l'Est a vendangé un vin sanglant, l'impôt
De chair fut payé plaie par plaie, râle par râle
Le long de tes coteaux.
Sur cette campagne pour toujours médiévale
Là où ta maison, bergère, se tient, on entend les troupeaux
Gémir de toute leur douleur pascale.
Et j'entends ta voix frêle et haute, et ton pas pastoral.
Tu marches vers ton armée, vers ton bûcher, et l'eau
De la Meuse te dit adieu et ruse en plissant son dos.
Et tu trempes, pensive, ta main virginale
Dans son cours trop mol pour être flot.
T'es tu retournée pour dire adieu à ton père, à ta mère ?
As-tu salué les champs où tes genoux se sont ouverts
Pour la première fois à tes premiers jeux,
Stigmates des ris d'enfants brisés aux pierres
Des chemins tortueux ?
Tu marches vers tes soldats, tu marches, sure de toi.
Mais qui donc te reconnaîtra ?
Même ta maison ne t'a pas reconnue, rappelle-toi,
Ce jour où tu avais mangé trop de mures,
Du fruit en larmes noires sur la figure ...
Alors, si l'ange dans la clairière t'a parlé,
Qui voudra laisser son aire et son jeune blé
Pour voler vers ce roi de petit domaine et de couronne étroite,
De barons félons et de fidélité coite,
Mené par une bergère enfantine et obstinée ?
Qui te suivra, petit soldat gracile,
Qui sent le lait dont au matin tu te nourris,
Et qui ne pourrait se départir du moindre de ses cils
Tant il est droit comme un lis ?
Qui donc te croira,
Quand tu parleras des voix à la cour qui te sourit
Et qui regarde à la dérobade
Tes souliers avec mépris ?
Te suivront les parias,
Ceux qui marchent fiers, et pauvres, et nécessiteux,
Parce qu'ils sont parias et qu'être paria sur terre
Marcher pieds nus et coiffés de ses seuls cheveux,
C'est entrer glorieux au royaume des cieux.
Te suivront les enfants qui veulent être soldats
Parce qu'ils ne savent pas ce que c'est de tuer,
Et ces noblaillons qui dans ta voix haute ont isolé
Un des ces éclats de vitrail et de divinité
Que les saints en gestation envoient parfois
Pour que l'on croie.
O petite alouette
Prends garde aux remparts
Aux cruelles arbalètes.
Allons, à tes parents jette
Donc un dernier regard.
Et marche vers Orléans,
Suis ta pente à peine inclinée,
Ruisselet de Meuse, rallie donc l'océan
De ta destinée,
Toute petite, mais chaussée
Des bottes de géant et d'éternité
De la sainteté.
Ton Roi t'attend.
Extrait de La Légende de Saint Paria (téléchargeable sur ce site)
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Chanson de Guillaume, ou "C'est Lou qu'on la nommait"
Ayant souffert ("il sut souffrir, quelle épitaphe", propose t-il en guise de sentence funèbre dans un poème de guerre), s'il ne fut pas canonisé, Guillaume fut toutefois "canonné" par force obus en 14, et cela pour oublier une comtesse (Lou), rousse et sensuelle, qui le mena par le bout du ... coeur. Au désespoir devant ses rebuffades, le poète décida de partir pour la guerre. Il devait y recevoir deux années plus tard une grave blessure, dont il ne se remit jamais. Affaibli par ces séquelles, il succomba à la grippe espagnole l'emporta le jour de l'armistice.
Pour moi, Guillaume mérite donc sa place parmi les saints, puisqu'il souffrit, s'offrit et brava la mort par amour, ce qui est le signe de la sainteté chez les chrétiens.
A Nîmes, au temps jadis, un poète s'éprit
D'une comtesse rousse aux seins comme des fruits.
Ses poèmes et sa flamme à la dame il offrit.
Elle n'en voulut pas.Pour diluer son nom
Ni vin ni eau ne versa, mais au front
Il engagea son sang et brava les canons.
Poète de métier, même en bleu de mitraille,
Il chanta ses cheveux pour survivre aux batailles,
La chair forée par elle et l'obus qui fouaille.
Un éclat le trouva et lui rougit le front ...
Et m'arrêtant à Nîmes, émue par le vent doux,
La plaine où le soleil répand son candi roux,
Je n'aime toujours pas celle qu'il nommait Lou.
Extrait de La Légende de Saint Paria (téléchargeable sur ce site)
14:00 Publié dans Poésie sacrée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.09.2006
Il n'a que des victimes
A celui qui veut juste vider dans son poing
Le vide de son autre main
Plate paume, ornée d'une prière
Qui file entre les doigts où se dévident
La cartographie de nos enfers
Faites, o mon Dieu, que votre ciel ne soit pas vide
21:25 Publié dans Poésie sacrée | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Brèves
Fi donc des longueurs, passons à un style plus lapidaire
Et limitons nous en l'espèce à deux vers
(Ou dystique, pour les experts).
Voire un peu plus, quand il faut etre disert.
Guerre des sexes
Certains, faisant preuve de misogynie
Parlent de femme-objet. Bien. Mais lequel?
J'entrevois leur réponse : ou casserole ou poelle,
Tout ça dépend du gabari de la donzelle.
Ce à quoi je leur dit :
Je n'ai pas de doute sur celui de votre cervelle,
A coté de celui de votre femme, nettement plus petit.
Mon oeil
On m'a dit : "tu verras, la grossesse,
C'est l'état de grace". Mes fesses,
Ai-je failli écrire, mais ai-je fortement songé,
Après, une fois enceinte. C'est plutot l'état de graisse,
Vu la taille de mes fesses
Sus-nommées.
Avec le temps (non autobiographique, je précise)
Au début du mariage, on est avec un conjoint.
A la fin, on a juste rejoint un con. On a l'air fin.
Nous sommes tous des pouets
C'est vrai : nous sommes tous un peu poètes :
La secrétaire (vieux poncif, vous allez voir) appartient au cénacle,
Quand elle avoue "se limer les ongles" quand au bureau elle s'embete,
Alors qu'en fait, elle se les racle.
Agriculture
Qui sème l'OGM
Récolte les chrysanthèmes*
Comédie
Pourquoi les acteurs que l'on dit "habités"
Ont-ils toujours l'air demeuré ?
3e guerre mondiale
Après l'ultimatum,
L'ultime atome.
Au régime (style familier)
Pour faire cracrac avec
Il faut un cric, sans dec'.
Injustice
Laissons les primitifs italiens en paix et requerons
Pour une femme ronde non la lippo mais la botérosucion.
*Ndlr : Malgré les apparences, je sacrifie ici au pur jeu de mots idiot, car je n'ai aucune opinion tranchée sur la culture des OGM, n'étant pas assez documentée sur la question.
09:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06.09.2006
Belle comme un saumon
Vu dans la rue la vitrine de Séphora.
Dessus ceci, qui m'a vraiment tarabusté :
Un type en blouse blanche, cheveux plats, bon quinqua,
Qui semblait détenir un important secret ...
![]()
Mais c'est quoi donc, que je me dis, interloquée...
Alors, j'ai cogité.
Dans la pub', blouse blanche, ça veut dire quoi ?
C'est l'oripeau du savoir, celui qui l'a, il "sait" :
Esprit supérieur, c'est un démiurge. Un bac C.
Scientifique. Au prix Nobel de maths candidat.
Mais alors, pourquoi fait-il de la publicité?
Bon, après tout, c'est vrai : personne n'est parfait :
Aujourd'hui, meme Einstein aurait pu s'abaisser
A fourguer à la TV un produit WC.
(et c'est bien des Top qui font la démo, moulées
Dans une combinaison type Emma Peel, mais visage flouté,
Parce que récurer les WC, n'est-ce-pas,
C'est pas vraiment glamour en soi).
Donc, lancinante question: quid de ce secret.
Ah, ça s'éclaircit : docteur (j'étais dans le vrai)
Perricone* s'occupe de votre beauté.
Après avoir sur la sienne fort travaillé,
Parce, sauf si la nature s'est acharné
à le doter du curieux physique qu'il a,
A mon avis, il est refait de haut en bas :
Tronche très, très lisse, sans ride, quoiqu'ayant des années
Subit les outrages, comme on disait autrefois.
Bref, bizarre, bizarre. On voit son age à quoi ?
Je relis l'affiche, et soudain, en bas, je vois
De cet épais mystère la probable clef.
Sous son portrait, que vois-je photographié ?
Ce bon docteur Perricone
(Ne pas prononcer à la Française, SVP
Sinon, ça fait tache.) est immortalisé
Avec un saumon. Un vrai, tacheté, bien gras
De profil, tout frais peché, enfin, je le crois.

Donc, l'infaillible secret de notre beauté,
C'est d'appliquer en masque, sur le bout du nez
Un saumon mort et de laisser poser. Voilà.
Moyen.C'est cher et puis ça pue, il faut l'avouer.
Et puis est-ce qu'on peut se le faire au diner ?
Et puis a t-on le droit ?
Attends ! c'est quoi, ces trucs de beauté à la noix !
Et puis peut-on utiliser du surgelé.
Ecosse ou Alaska ?
Je commence à me méfier, lorsque tout en bas
De l'affiche je lis : Régime ! ah! faut bouffer
Du saumon sauvage pour rayonner, c'est ça!
En dessert, et en plat !
Mais attention, le saumon d'élevage, gras,
Est à bannir, sinon, on devient un gros tas,
à la fine anguille, on ne ressemblera pas
Mais plutot au cachalot épais, si vous voulez.
Mince alors, y'a pas interet à se gourer ...
Bon, je veux bien essayer, moi. Un mois, on verra
Mais .. je suis chiante ... un truc me gene toutefois,
La phase ultime de ces soins, est-ce que c'est
De ressembler au docteur qui, à s'envoyer
Force saumons en encas, gouters et repas,
A chopé un air de famille avec ce met ?
(Cf. la photo supra, à vous de juger).
Moralité :
Hier, via la chirurgie esthétique, on risquait
Seulement de se taper un lifting raté
C'est-à-dire le regard d'un merlan frit poellé,
Une bouche de mérou bien siliconnée.
Maintenant, quel progrès ! on se transformera
En salmonidé (mais jeune, ça va de soi).
Autre question scientifique de bon aloi :
Qu'en est-il du parfum des donzelles traitées ?
Est-il voisin du poisson et de son fumet ?
Messieurs, y-a-t-il des volontaires pour tester ?
*Pour la rime, prononcer comme Cocciante, c'est-à-dire à l'Italienne.
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