04.06.2007
L'adieu
La vie
Guerre dont on ne revient pas …
Je t’écris, et je sais que tu ne me liras pas,
Toi qui m’interdisais autrefois
D’être seulement ton ennemie...
Le temps m’a pansée.
Les nuages sont de bons médicaments.
Ils passent, et prennent sur leurs dos ronds et blancs
Des remords pour les transformer en rêves.
Et l’âme peut enfin accepter une trêve.
La vie,
Sans rien tenter, sans plier sa volonté,
Mais en laissant ses actes osciller
Avec tendresse vers celui
Qui croit me connaitre dans ce qui me trahit.
Et comme j'aime que nul ne me comprenne,
Ne sache meme la langue de mon chagrin …
Et que bénies soient mes peines,
Mon seul bien !
Qui comprend les lys blancs, qui comprend leur blancheur,
Et le rose enfantin des camélias en fleurs,
Et les roses enviées des épais magnolias,
Et l'avril tout bleuté du parfum des lilas …
Les voit-on en colère
De n’être seulement connus
Et de n'etre compris que du Père
Qui sait les choses nues ?
Et toi, mon disparu,
O toi, pour qui je gardais, vasque toujours fraîche,
Mon amour méconnu,
O toi qui n’a rien su,
Regarde-la mourir, cette eau veuve qui sèche ….
Tu as tiré sur toi le drap
Où la face est scellée par le dernier sommeil.
Je le savais, je le savais, croyant du bras
Ecarter loin de toi la voleuse d'éveils ...
Hélas ! je ne le pouvais pas.
Et me voilà, frappant à cette porte, en peine !
Je frappe, je frappe et personne ne répond !
Vois comme tous ont l’air surpris que je revienne,
Comme un chien qui cherche son maître et tourne en rond,
Devant la porte close depuis des semaines.
Mais comment ne plus te chercher,
Je n’ai pas eu le temps, il faut m’habituer …
Toute ma vie d’avant, c’est peu
Pour apprendre à vivre boiteux ...
Je n’ai pas eu le temps de ne plus me cabrer,
De m’habituer à l’idée de ton départ,
Je n'ai pas eu le temps de vitement glisser
Dans ta main cette main pour te dire au revoir ...
Et je pleure sur ce qui n’est plus,
Meme si le monde entier porte le poids
Des êtres qui n’ont plus besoin qu’on les voie
Pour être bien aimés, de l'amour éperdu
Dont on aime trop tard ceux que l'on a perdu ...
14:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.05.2007
Chanson de la Lorraine
Lorraine,
Avec un ciel collé aux semelles de tes plateaux
Et ce fleuve qui gardait si mal
Son eau à fleur de terre, jumelle des cieux pâles ...
Aujourd'hui,
Les fils téléphoniques où se tissent les conversations
Passent là, le 20e siècle a posé sur toi son tampon
Et tu me fais un salut plein de pluie.
Le sceau du 20e siècle, les soldats ont eu bien mal.
Dans ta glaise jaune saignaient les godillots.
Tout l'Est a vendangé un vin sanglant, l'impôt
De chair fut payé plaie par plaie, râle par râle
Le long de tes coteaux.
Sur cette campagne pour toujours médiévale
Là où ta maison, bergère, se tient, on entend les troupeaux
Gémir de toute leur douleur pascale.
Et j'entends ta voix frêle et haute, et ton pas pastoral.
Tu marches vers ton armée, vers ton bûcher, et l'eau
De la Meuse te dit adieu et ruse en plissant son dos.
Et tu trempes, pensive, ta main virginale
Dans son cours trop mol pour être flot.
T'es tu retournée pour dire adieu à ton père, à ta mère ?
As-tu salué les champs où tes genoux se sont ouverts
Pour la première fois à tes premiers jeux,
Stigmates des ris d'enfants brisés aux pierres
Des chemins tortueux ?
Tu marches vers tes soldats, tu marches, sûre de toi.
Mais qui donc te reconnaîtra ?
Même ta maison ne t'a pas reconnue, rappelle-toi,
Ce jour où tu avais mangé trop de mûres,
Du fruit en larmes noires sur la figure ...
Alors, si l'ange dans la clairière t'a parlé,
Qui voudra laisser son aire et son jeune blé
Pour voler vers ce roi de petit domaine et de couronne étroite,
De barons félons et de fidélité coite,
Mené par une bergère enfantine et obstinée ?
Qui te suivra, petit soldat gracile,
Qui sent le lait dont au matin tu te nourris,
Et qui ne pourrait se départir du moindre de ses cils
Tant il est droit comme un lis ?
Qui donc te croira,
Quand tu parleras des voix à la cour qui te sourit
Et qui regarde à la dérobade
Tes souliers avec mépris ?
Te suivront les parias,
Ceux qui marchent fiers, et pauvres, et nécessiteux,
Parce qu'ils sont parias et qu'être paria sur terre
Marcher pieds nus et coiffés de ses seuls cheveux,
C'est entrer glorieux au royaume des cieux.
Te suivront les enfants qui veulent être soldats
Parce qu'ils ne savent pas ce que c'est de tuer,
Et ces noblaillons qui dans ta voix haute ont isolé
Un des ces éclats de vitrail et de divinité
Que les saints en gestation envoient parfois
Pour que l'on croie.
O petite alouette
Prends garde aux remparts
Aux cruelles arbalètes.
Allons, à tes parents jette
Donc un dernier regard.
Et marche vers Orléans,
Suis ta pente à peine inclinée,
Ruisselet de Meuse, rallie donc l'océan
De ta destinée,
Toute petite, mais chaussée
Des bottes de géant et d'éternité
De la sainteté.
Ton Roi t'attend.
Extrait de La Légende de Saint Paria
18:28 Publié dans L'agenda du poète | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.04.2007
Cantate des Anges
A Jeanne- Marie.
Ton compagnon de jeu
Semble de ton âge
Et vous jouez entre deux nuages
A colorier ses ailes de ciel bleu.
Parfois tu te penches pour regarder le monde
Et de jeunes roses germent alors,
Ces fleurs consolantes de toute mort,
Des églantines pâles et profondes.
J'ai mal ... je regarde son visage ...
Seigneur, comment garder vive mon espérance ?
Pardon, mon Dieu, pardon si je vous offense.
O son clair visage calme et sage ...
Pardon, mais je pleure et je ne comprend pas ...
Je sais, o mon Dieu, que rien n'est mérité,
Que la haine de ses assassins ne la punit pas ...
O Seigneur, votre enfant crucifiée ...
Le monde tourne malgré cela, malgré la boue
Les oiseaux disent Votre gloire, o Seigneur,
Et chantent au monde l'Amour vainqueur,
Mais des larmes de pluie tremblent sur les houx ...
Les nouveaux-nés alimentent l'universelle grâce,
La grâce qui persiste dans chaque colline
Les fleurs embaument, malgré la laideur assassine,
Malgré l'enfant qui succombe à la haine sans face ...
Faites, doux Jésus, que Votre mère la berce
Comme jadis la berça sa mère terrestre.
Faites, O Seigneur, que les anges chantent
A l'enfant martyre des cantates touchantes ...
O mon Père, comme il sera bon Votre règne
Où les enfants seront bien à l'abri
Des ogres et des loups, vaincus par Marie
O mon Père, que Votre règne vienne !
10:00 Publié dans Poésie sacrée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.03.2007
La Légende de Saint paria à la télé
Chers internautes,
Aujourd'hui, était diffusée sur KTO TV, chaine "catho", une critique de la Légende de Saint Paria, coup de coeur de l'émission "Art Culture et Foi". L'émission est consultable sur le net.
Merci encore à Régis Burnet, animateur de ce programme, pour ce coup de pouce télévisuel, et félicitations pour cet excellent programme !
22:35 Publié dans Critiques et opinions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.03.2007
A l'enfant endormie
Elle bat des cils et voici qu'un vol d'oiseaux
Inconnus et minces, en silence, s'ébrouent
Aux confins du fruit blond, rose et blanc de sa joue
Dans un ballet soyeux où flotte son repos.
Les oiseaux bruns posés, cernés par la blancheur
De son teint comme la césure d'une perle,
Ont semé sur ses yeux les duvets noirs d'un merle
Et cachent son regard où des cygnes demeurent.
Elle dort, et ses mains ouvertes sur leur dos,
Accueillent les berceaux de papillons enfants
Dont les aînés jouent à la marelle, sautant,
Invisibles, le long de ses deux poings éclos.
Souriant, comme pour un retour attendu,
Qui donc voit-elle de ses yeux clos et gardés
D'une herse de cils où se sont attardées
Ses larmes qui semblent des sources suspendues ...
En cette aube où l'été d'or liquide a teinté
Sa joue d'un duvet de jour comme un jus de fraise,
Reposant dans ses draps, mon petit enfant pèse
Le poids de mes rêves, infime légèreté ...
Et moi, je suis ainsi que sont toutes les mères,
La cage sans barreaux où volent des baisers.
Je chante, je chante, je ne sais que conter
Les fables, les récits et les fleurs de la Terre.
Le matin et le soir, je suis un puisatier,
Jardinier de ces roses qui sur mon coeur pointent,
Suintantes d'un limon dont s'apaisent ses plaintes,
Sur sa bouche calmée comme un Nil rassasié ...
Ouvrez-moi la poitrine d'un grand coup de lame,
O destin tortueux, jours de malheur futurs,
Je sais que ma joie gît au creux de ses yeux purs,
J'ai trouvé dans ses yeux le foyer de la flamme ...
Gardienne pour jamais du ballet de ses cils
J'ai tressé sur sa peau mes bras ronds en berceau,
J'ai tissé mes cheveux en nocturnes rideaux
Et j'attends son réveil comme un marin son île ...
16:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note