29.01.2008

A la fin ...

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Lorsque, du ciel touffu d'anges ébouriffés,
Les étoiles choiront comme des fruits gaulés,
Quand le ciel dormira dans le coffre de Dieu,

Quand la nappe d'espoir, à jamais repliée,
N'aura plus besoin d'etre, pour nous rassurer,
Etendue dans l'azur, toute empesée de bleu,

Ses nuages dessus, comme de blancs couverts, 
Où les anges prenaient des repas de prières ...

Alors il suffira, pour habiter les cieux,
De sourire bien doux et de fermer les yeux ... 

Car, enfin attablés à la table du Père,
Nous serons invités au repas de lumière !

Tout repus de bonté, consolés et heureux !

25.01.2008

Claude-Henri Rocquet, Marie Noël, sur KTO TV

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Amis de la poésie et de KTO TV, je vous annonce, les jeudis 14, 21 et 28 février, sur cette même chaîne, à 19 heures, la diffusion de deux chroniques de poésie chrétienne, que j'aurai le plaisir d'animer au sein de l'émission de Régis Burnet, Art, Culture et Foi.

La première, diffusée le 14 février, sera dédiée à Marie Noël, immense poètesse, jamais égalée.

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La seconde, à voir le 21, sera cette fois-ci consacrée à Claude-Henri Rocquet, auteur des splendides Cahiers du Déluge, et Polyptyque de Noël.
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Ceux qui n'ont pas le câble peuvent suivre l'émission sur le site de KTOTV, dont la nouvelle mouture, en ligne imminemment, permettra d'ailleurs de consulter gratuitement les archives des deux émissions précédentes, dédiées à Paul Claudel et Athanase Vantchev de Thracy.

Je remercie chaleureusement l'association Marie Noël pour son aide dans la rédaction de cette chronique et Claude- Henri Rocquet, qui, immergé dans l'écriture de son dernier livre, m'a, en dépit de son peu de temps disponible, reçue avec cordialité ainsi que son épouse et muse, Annick.

* Source : site du diocèse de Sens, car Marie Noël était bourguignonne.

Publication de Paris, d'église en église

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Amis internautes, épris d'églises en général, de monuments parisiens en particulier, je vous annonce la récente parution de l'ouvrage auquel j'ai collaboré, intitulé Paris, d'église en église, aux éditions Massin.

A mi-chemin entre le livre d'art et le guide, vous pourrez découvrir au long de ses 400 pages  les quelques 100 églises de la capitale, ainsi que quelques chapelles, décrites une par une, par arrondissement.
Les auteurs traitent ainsi pour chaque église son architecture, ses oeuvres d'art, son histoire. La biographie du saint patron auquel est consacré l'édifice figure également, tout comme un circuit de visite aisé et exhaustif proposé par les auteurs.

En effet, ceux-ci se sont donnés pour ambition de faire du lecteur un visiteur, et de faire sortir les églises parisiennes de leur anonymat.

Enfin, d'un point de vue un peu plus anecdotique, ce livre est le fruit de l'engagement spirituel de quatre auteurs, jeunes chrétiens se réclamant de la Génération Jean Paul II,  qui, au cours d'un aventure de foi et d'écriture, ont consacré (au moins pour Aline, Jérome et Alexandra) à ce travail la totalité de leur temps libre et vacances pendant plus de trois ans ... quant à moi, j'ai un petit peu moins travaillé qu'eux trois, je l'avoue. Mais quand meme !!!

A découvrir une première critique assez positive sur le site de la revue La tribune de l'art.

Paris, d'église en église, Massin éditions, 400 pages, 40 euros, dans toutes les bonnes librairies, ainsi que sur  fnac.fr et Amazon, depuis le 15 janvier 2008.

21.01.2008

A l'absent

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Giotto (détail. Capella degli scroveigni, Padoue)


Puisqu'il dort maintenant où dorment les étoiles,
Où mûrissent, à l'abri du bien et du mal,
Dans les prairies du ciel des épis de prières,

Puisqu'il ne posera sur moi ses mains si chères,
Qu'au jour où tous les jours seront passés sur Terre
Lorsque retentiront les trompettes finales,

Malgré mon âme en pleurs et mon coeur qui se serre,
Malgré ce que je sais, la certitude amère,
De voir tous mes aimés un à un, père et mère

Frères et soeur, époux, amis, graves et pâles,
Etendus pour jamais après le dernier râle,
Ainsi que des gisants, glacés jusques aux moelles,

Malgré l'omniprésente absence délétère,
Malgré la rébellion qui couve dans mes nerfs,
Quand je songe à ses yeux fermés dessous la pierre

Je dois trouver en moi une part qui espère,

Et je prie. Que là-haut, où germent les étoiles,
Là où se moissonnent, loin du bien et du mal,
Les espoirs des vivants en bouquets de prières,

Là où, tout près de vous, dans vos bras, o mon Père,
Les âmes des vivants aux absents se dévoilent,
Faites que la mienne lui soit un livre ouvert,

Où tout ce que j'ai tu enfin soit découvert :
Ma tendresse infinie et mon amour filial.



 

16.01.2008

La chanson d'Eve


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Hans Baldung Grien
Eve, le serpent et la mort (XVe siècle)


Dieu réglait l’alchimie, cerné d'éclats vermeils,
D’une lumière dorée qu’on nommerait l’été
Et la pâte du jour, en ses bulles soufflées
Formait à chaque branche un jumeau du soleil.

Dans l'Eden estival, comme luisait, dorée,
Cette pomme orangée, engendrée déjà mûre !
Sur l'arbre dont le Bien oriente la ramure
Comme luisait le fruit qu'il ne faut pas manger !

Dieu promettait la mort aux cueilleurs de ce fruit ...
Adam me regardait … Qu’est-ce donc que mourir ?
Et qu’est-ce que la mort quand grandit le désir …
Quand le fruit chaque jour est plus beau d’être fui.

Et mes yeux assoiffés,  encor vierges des pleurs,
Mes yeux virent, niché dans cet arbre fatal
Dont les bois droits ou tors scindent le bien du mal,
Le serpent qui s’endort le ventre sur son cœur.

Habile, omniprésent, intelligent, hardi,
Près de l'huis de nos cœurs caché dans nos oreilles,
Où chaque mot pondu éclosait en conseils,
Le serpent rutilait comme un astre croupi ...

Et ce jour où, blond bleu, s’attiédissait le ciel
D’une cuisson de cire et de ruches fondantes,
Où l'abeille dormait, pépite bourdonnante,
Dans sa maison dorée de pollen et de miel,

Le serpent me parla : "Joyau qu'on nomme femme, 
Tu sèches, fleur coupée parmi l’herbe jaunie,
Loin des jus verts et blonds du plus suave des fruits
Qui édifie ta chair et rassasie ton âme !"

O toi qui comme moi t'endors le corps en boule,
Femme qui comprend ce qu'on ne peut expliquer,
Qui sait sans qu'il faille jamais lui enseigner,
Toi dont le sein ressemble à mon corps qui s’enroule,

Je sais la sueur qui sale le nid où tes bras
Sont liés à ton flanc, et ce pli du genoux
Où la forge jamais ne désarme, et ton cou
Où, depuis que tu es, jamais il n’a fait froid ...

Car tu viens de ce pli qu’Adam se fait au ventre
Quand il s’assied près de toi, de cet équateur
Qui le sépare en deux, c’est là qu’est ta demeure,
Car tu viens de son Sud et le Père est son Centre ...

Tu viens de l’intime de l’homme, de sa côte !
Tu viens de la pulpe d'Adam, premier des hommes,
D’une contrée sans peau, volée pendant son somme !
Tu viens de ses tropiques et ce n’est pas ta faute ...

Toi, l’excroissance de son os* voulue par Dieu,
Tu es là, bras ballants, quémandant ses regards ...
Mais si tu savais ce que Dieu seul veut savoir,
Tu ne serais pas parfaite, tu serais mieux …

Qu'elle est chaude aujourd'hui, ta cage de feuillages
Qu’est le jardin d’Eden aux parfums entêtants ...
Il fait trop chaud pour rester sobre et abstinent
Il fait trop chaud, il est trop tard pour être sage ...

Déjà ton front reluit d’une sueur comme l’onde ...
Tu en est plus belle, plus mordorée, plus douce ...
L’été nouveau-né moissonne des ombres rousses
Au creux de tes rondeurs, ô ma soeur blanche et blonde !

Tu meurs d’une vie aride et ta gorge nue
Appelle ce qui fond, ce qui humidifie ...
Que veux-tu, mon amie, pour simuler la pluie,
Pour qu’enfin dans ton corps au supplice il ai plu ?

Laisse moi dépecer cette poire mouillée ...
Mais, hélas, la guêpe en a fait sa demeure.
La pomme est bien dure pour qui de soif se meurt,
La framboise est menue, la fraise trop sucrée ...

Ah ! Ma douce ! Appuie donc sur ma tête de glace,
Ta chair incandescente et conte ton malaise ...
Viens plus près ... ton oreille, une nacre de braise,
S’appuie confiante sur ma bouche, et se délasse ...

Laisse-moi te parler de ce fruit médecine
Qui calmera ton mal d’un bien inénarrable :
L’arbre est aride comme un océan de sable,
Mais du fruit coule un flot de jus et de résine.

Son sang t'enchantera, sa chair te rendra libre,
Tu creuseras ta voie, tu forgeras ta loi,
Du bien comme du mal, tu jaugeras le poids,
Car tu te nourriras de leurs intimes fibres.

Dieu vous aime captifs : la liberté l’effraie.
Il vous aime rangés dans ce jardin fermé,
Et quand vous le croisez, soucieux de ses rosiers,
Il passe sans vous voir et ne sourit jamais...

Fuyez donc cette captivité de Tropiques,
Ce paradis trop sûr, sans ombre pour frémir,
Sans le tendre aiguillon de la crainte pour rire,
Quand l'églantier fleuri feint d’aiguiser ses piques !

Goûte donc à ce fruit ! tes doigts frôlent sa peau ,,,
Mais avant la cueillette, éveille ton Adam
Qui sommeille, innocent, ses poings vierges et blancs,
Du repos sans remord d’une âme sans défaut.

Car il lui faut manger de  ce fruit sanctuaire
Dont les pépins nombreux sont les secrets gardiens,
Mordre la peau du Mal, tirer le jus du Bien,
Puis avaler leur confluence dans la chair …"

J'ai éveillé Adam : "Coulons-nous sous cet arbre,
Car j'ai chaud, mes nerfs cuisent, et ce jour est sans fin.
L’été nouveau-né s'emballe comme un poulain
Chevauché malgré lui et dont les reins se cabrent.

Encore tout pleins de sommeil, tes yeux se fient
A ta main que tu poses dessus mon épaule,
Où mes cheveux vaincus s'éplorent comme un saule,
Toi qui veut à Midi demeurer dans la nuit ...

Mon bel Adam, viens vendanger ta liberté !
Viens ! Nous n'en mourrons pas ! Nous vivrons, nous pourrons
Faire la nuit en nous dès que nous le voudrons,
Pour échapper au jour quand nous l’aurons souhaité ...

Mais, dans la chaleur nette de la vérité,
Ne pas tolérer l’ombre ou les sombres recoins !
Dans l’Eden transparent, cette prison du Bien,
Tourner, tourner sans fin,
sans pouvoir se cacher !

Adam, bel Adam, tu crains de mourir ainsi
Qu’un voleur  trop glouton qui vitement dévore
Le fruit doux du désir, qui donnerait la mort,
Poison au go
ût de fraise qui point ne détruit !

Non, nous ne mourrons pas ! Nous serons plus puissants !
Et toutes ces questions où nos âmes s’abîment
S’assècheront enfin au feu du fruit sublime,
Et comme Dieu, alors, nous serons omniscients !

Nous saurons par la chair, l'univers sera nôtre !
Et nous n’aurons jamais à craindre notre Père,
Nos âmes germeront dedans Sa pépinière
Et de sa puissance nous serons les apôtres !

Viens … j’ai soif de savoir, d’avoir froid, de chercher,
Et de percer l’enchantement sacré du monde !
Qu’éclate enfin son mystère, trop pleine bonde,
Que ruisselle le sens, rivière détournée !

Viens … approche ta main pâle qui tremble un peu
Du fruit dont l'écorce jamais ne fut frôlée,
Qui semble, presque animale, se dérober,
Comme un cheval sauvage aux chanfreins ombrageux ...

Déplie ton bras,  tes doigts ! Ouvre ta main et cueille !
Vendange dans l'Eden l'unique fruit carmin ...
Une sève, du lait, de l’eau perlent du brin,
Et du jus rouge sang a suinté de sa feuille…

Mords, mords à toute bouche, et puis ensuite, donne !
Comme ta main est froide ... et tes yeux s’écarquillent ...
Mais à mon tour, je mords… et mes yeux se dessillent !
O mon Père ! Comme l’ignorance était bonne !"

O Dieu ! Comme tu fis ce fruit doux sous la langue,
Qui sucre le plus doux des sucres de son jus,
Qui embaume la mère des roses connues
Et qui blanchit le plus blanc des camélias exsangues !

Au parfum des figues, de semblable saveur,
Il mêlait un parfum de merise poussée
À l’ombre de coings lourds, velus et orangés,
Et d'un acacia mûr dont il volait l'odeur !

Dans ma gorge l’extase ! En mon cœur, ô puissance,
De sentir que se soumettait à mon esprit
Ce monde rétréci, si faible et si petit,
Devant mon esprit étonné de sa croissance !

Puis, j'avalai la bouchée ... comme elle fut lourde!
L’ambroisie me pesa et le fruit se fit plomb,
Mon âme fut gagnée jusques à ses tréfonds
Du vrai goût de sa chair aux amertumes sourdes !

Sous l’horrible fragrance de ce fruit trop doré
Se cachaient les parfums de chaque pourriture,
Et de toutes les morts dont s'ourdit le futur
De ce corps corrompu qu'on nomme humanité !

Ma bouche est comme celle du cheval dompté
Auquel le cavalier triomphant met un mors,
Et le dur cavalier qui me dompte est la mort,
Et son mors de douleur me contraint à plier !

Ma bouche ouvrit la minute qui point ne passe,
La minute éternelle de ma damnation,
Quand je vis ma peau nue dessous mes cheveux longs ...
J'étais nue désormais, dévêtue de la grâce !

Car mes longs cheveux de femme morte et puérile,
Ne couvraient pas mes reins ! Que ne recouvraient-ils
La plaine de mon ventre où tremblotait une île !
O mes cheveux longs de femme vieille et stérile !

Alors, baissant les yeux, je cherchai sur le sable
La trace du serpent recourbée comme un cil,
Et je vis, souriant sous la peau du reptile,
Un visage radieux qui dit : "Je suis le Diable".

* Je me suis inspirée de l'expression "Os surnuméraire",
de Bossuet, qui désigne la femme ...
du moins, la première de toutes ...
«Les femmes n'ont qu'à se souvenir de leur origine,
et sans trop vanter leur délicatesse, songer après tout
qu'elles viennent d'un os surnuméraire où il n'y avait
de beauté que celle que Dieu y voulut mettre.»
Jacques-Bénigne Bossuet ] - Extrait des Elévations sur les mystères

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