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06.05.2007
Chanson de la Lorraine
Lorraine,
Avec un ciel collé aux semelles de tes plateaux
Et ce fleuve qui gardait si mal
Son eau à fleur de terre, jumelle des cieux pâles ...
Aujourd'hui,
Les fils téléphoniques où se tissent les conversations
Passent là, le 20e siècle a posé sur toi son tampon
Et tu me fais un salut plein de pluie.
Le sceau du 20e siècle, les soldats ont eu bien mal.
Dans ta glaise jaune saignaient les godillots.
Tout l'Est a vendangé un vin sanglant, l'impôt
De chair fut payé plaie par plaie, râle par râle
Le long de tes coteaux.
Sur cette campagne pour toujours médiévale
Là où ta maison, bergère, se tient, on entend les troupeaux
Gémir de toute leur douleur pascale.
Et j'entends ta voix frêle et haute, et ton pas pastoral.
Tu marches vers ton armée, vers ton bûcher, et l'eau
De la Meuse te dit adieu et ruse en plissant son dos.
Et tu trempes, pensive, ta main virginale
Dans son cours trop mol pour être flot.
T'es tu retournée pour dire adieu à ton père, à ta mère ?
As-tu salué les champs où tes genoux se sont ouverts
Pour la première fois à tes premiers jeux,
Stigmates des ris d'enfants brisés aux pierres
Des chemins tortueux ?
Tu marches vers tes soldats, tu marches, sûre de toi.
Mais qui donc te reconnaîtra ?
Même ta maison ne t'a pas reconnue, rappelle-toi,
Ce jour où tu avais mangé trop de mûres,
Du fruit en larmes noires sur la figure ...
Alors, si l'ange dans la clairière t'a parlé,
Qui voudra laisser son aire et son jeune blé
Pour voler vers ce roi de petit domaine et de couronne étroite,
De barons félons et de fidélité coite,
Mené par une bergère enfantine et obstinée ?
Qui te suivra, petit soldat gracile,
Qui sent le lait dont au matin tu te nourris,
Et qui ne pourrait se départir du moindre de ses cils
Tant il est droit comme un lis ?
Qui donc te croira,
Quand tu parleras des voix à la cour qui te sourit
Et qui regarde à la dérobade
Tes souliers avec mépris ?
Te suivront les parias,
Ceux qui marchent fiers, et pauvres, et nécessiteux,
Parce qu'ils sont parias et qu'être paria sur terre
Marcher pieds nus et coiffés de ses seuls cheveux,
C'est entrer glorieux au royaume des cieux.
Te suivront les enfants qui veulent être soldats
Parce qu'ils ne savent pas ce que c'est de tuer,
Et ces noblaillons qui dans ta voix haute ont isolé
Un des ces éclats de vitrail et de divinité
Que les saints en gestation envoient parfois
Pour que l'on croie.
O petite alouette
Prends garde aux remparts
Aux cruelles arbalètes.
Allons, à tes parents jette
Donc un dernier regard.
Et marche vers Orléans,
Suis ta pente à peine inclinée,
Ruisselet de Meuse, rallie donc l'océan
De ta destinée,
Toute petite, mais chaussée
Des bottes de géant et d'éternité
De la sainteté.
Ton Roi t'attend.
Extrait de La Légende de Saint Paria
18:28 Publié dans L'agenda du poète | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
