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25.02.2007
Printemps des poètes
Chers lecteurs et internautes,
Le printemps "chers aux pauvres gens
qui ressourient les yeux humides" (dixit mon maitre et amoureux littéraire de toujours, Guillaume Apollinaire) pointant dans peu de temps le bout de ses perces-neiges, nous voici tout naturellement amenés à célébrer la saison des poètes, puisqu'en France, à défaut de consacrer à la poésie pages de revues littéraires, espaces diurnes télévisuels et festivals dédiés à autres choses qu'à des artistes aussi conventionnés que conventionnels, le gouvernement et ses satellites culturels (pardonnez ce vieux fond arnarchiste que ma fibre chrétienne circonscrit sans l'adoucir !) lui consacrent un "printemps"... ce qui veut dire que la poésie vit son hiver.
C'est donc à l'occasion de cet évènement que je dédicacerai après avoir dit quelques extraits La Légende de Saint Paria, au Club des poètes, le 7 mars prochain, dans cet archipel de pur amour poétique qu'est le vénérable Club, où j'aurai le grand honneur au surplus, comme on disait au temps de Corneille, de m'insérer dans une soirée dédiée à son fondateur, Jean-Pierre Rosnay.
Merci au Club de m'offrir son toit, sa bienveillance, sa chaleur. Et son public, pour ne point vous mentir !
Merci à vous de m'accompagner en pensée, et merci d'avance à ceux qui viendront m'écouter.
Le programme est bien entendu disponible sur le site du Club des poètes (en lien sur la partie gauche de l'écran).
Rendez-vous donc jeudi 7 mars, au Club des Poètes, 35 rue de Bourgogne, dans le 7e arrondissement de Paris, autour de 20 heures.
Venez nombreux !
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11.02.2007
Il marche sur les eaux
L'horizon applatit le soleil et s'y perd,
En jettant sur le lac le fil d'un sabre plat
Où s'égoutte une vendange crue de lumière ...
Le ciel atone attend que la terre se noie
Pour gober l'eau d'acier, éteinte et circulaire
Du lac arrondi comme un oeuf bleuté et froid.
Ciel et lac se mêlent formant un miel livide,
Où j'essaie d'isoler dans ses flots incolores
Ce qui palpite parmi la brume impavide.
Mais du soleil, de la vie y'en a t-il encore ?
Y a t-il encore un peu de vie ? le ciel se vide ...
Le lac célèbre le rien et s'y incorpore ...
Je ferme les yeux, j'essaie de retrouver les signes
L'écriture du sacré, un signet de lumière,
L'empreinte des auras des saints simples et dignes,
J'essaie de me souvenir de ce qui m'éclaire,
D'isoler dans la taie de grisaille sans lignes
Le poinçon d'un espoir sur l'incolore enfer ...
Si je ferme les yeux ... peut-être les couleurs
Reviendront-elles ainsi et que j'aurais du jour,
Une braise de joie dans ma nuit intérieure
Où mon coeur trouvera dans un battement gourd
Le chemin du prochain, forera la noirceur
Qui mène au dangereux rendez-vous de l'amour ...
Je ferme enfin les yeux et, aveugle voyant,
J'ose enfin aller là où il faut être nu
Là où toute la gloire revient au perdant.
Mes yeux se taisent et refusent la vue,
Dans ce noir où ma prière seule me rend
Ce regard pénétrant dans la nuit absolue.
Je ferme les yeux ... un friseli d'eau mangée
Par le ciel résiste ... peut-être un bruit proue,
Dans l'embrasure du ciel et de la jetée ...
Des éclaboussures de voix, des mots s'ébrouent,
Et, parmi eux, une présence qui se tait,
Quelqu'un de silencieux, de patient et de doux ...
Je ferme les yeux, et j'entends distinctement
La chanson des pêcheurs ourlant les flots ouatés,
Et le filet vide qui claque dans le vent ...
Je Le vois parmi eux, recueilli, bénissant
Les yeux vers le ciel, ce que le lac a payé
D'une monnaie vive de poissons rutilants ...
Soudain, le grain s'est levé, et lui, enjambant
La quille, s'est dressé, calme, le pied posé
Sur l'eau où germe alors un nouveau continent.
Il va ! Là où ses pas ont su croire à la terre
Germée d'un ferment qui change le coeur et le monde
Percent les prairies bleues et fleuries de son Père.
Et comme un patriarche a su scinder la mer
Tirant de ce fruit salé l'amande profonde
D'un peuple nourri de pain et d'herbes amères,
Pour semer ce froment, pétri par les prophètes,
Là où Dieu a choisi d'aimer plus près les hommes,
Voici l'homme qui dompte et le lac et la Bête ...
L'eau, monture de la barque, animal de somme,
Le porte quand, les yeux grands comme des assiettes,
Ses compagnons s'effraient devant les flots énormes ...
Et lui, qui pacifie de son pas la tempête,
D'un pas qui semble une danse, très loin devant,
Des épis de soleil tout autour de la tête,
Le voici, libre et seul, qui sourit tristement,
Lorsque, se retournant, ses yeux profonds s'arrêtent
Sur ces millions d'esquifs qui, depuis deux mille ans,
Peuplés d'enfants perdus, naviguent sur ce lac,
Serrés auprès de Pierre, aggrippant comme lui,
Leur foi, menu fétu, pour braver le ressac,
Pour quitter ce vieux coeur que la peur a saisi
Dans sa main de cadavre et laisser là sa barque,
Pour laisser là sa mort et laisser là sa vie,
Et marcher sur les eaux vers ce dieu qui sourit.
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