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16.03.2007

A l'enfant endormie

Elle bat des cils et voici qu'un vol d'oiseaux
Inconnus et minces, en silence, s'ébrouent
Aux confins du fruit blond, rose et blanc de sa joue
Dans un ballet soyeux où flotte son repos.

Les oiseaux bruns posés, cernés par la blancheur
De son teint comme la césure d'une perle,
Ont semé sur ses yeux les duvets noirs d'un merle
Et cachent son regard où des cygnes demeurent.

Elle dort, et ses mains ouvertes sur leur dos,
Accueillent les berceaux de papillons enfants
Dont les aînés jouent à la marelle, sautant,
Invisibles, le long de ses deux poings éclos.

Souriant, comme pour un retour attendu,
Qui donc voit-elle de ses yeux clos et gardés
D'une herse de cils où se sont attardées
Ses larmes qui semblent des sources suspendues ...

En cette aube où l'été d'or liquide a teinté
Sa joue d'un duvet de jour comme un jus de fraise,
Reposant dans ses draps, mon petit enfant pèse
Le poids de mes rêves, infime légèreté ...

Et moi, je suis ainsi que sont toutes les mères,
La cage sans barreaux où volent des baisers.
Je chante, je chante, je ne sais que conter
Les fables, les récits et les fleurs de la Terre.

Le matin et le soir, je suis un puisatier,
Jardinier de ces roses qui sur mon coeur pointent,
Suintantes d'un limon dont s'apaisent ses plaintes,
Sur sa bouche calmée comme un Nil rassasié ...

Ouvrez-moi la poitrine d'un grand coup de lame,
O destin tortueux, jours de malheur futurs,
Je sais que ma joie gît au creux de ses yeux purs,
J'ai trouvé dans ses yeux le foyer de la flamme ...

Gardienne pour jamais du ballet de ses cils
J'ai tressé sur sa peau mes bras ronds en berceau,
J'ai tissé mes cheveux en nocturnes rideaux
Et j'attends son réveil comme un marin son île ...