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03.10.2006
Regrets
Les mèches blondes d'un chèvrefeuille s'évadent du buisson roux des ronces. Au jardin, les framboises, dont la boucherie tache le gravier à chaque paquet de baies trop mûres tombées, me font des mains d'assassin.
Une ombre passe.
C'est un nuage qui ne se résout pas à pleuvoir et à mourir dans une agonie pleine de liquides, qui ressemble à un enfantement.
Une ombre persiste. Cette fois-ci, se sont mes yeux qui se closent sur une grande plate-bande intime où s'ébattent mes souvenirs.
Je te cherche.
Comme il est vrai que les absents nous cernent d'une autre qualité de compagnie, une sorte de "péri-présence".
Plus ils sont loin, loin du temps qui dévide ses bobines de soies longues où s'ourdissent nos destinées terrestres, ancrés désormais, noués pour jamais comme le point d'une tapisserie sur la grande toile en mouvement du temps, plus leur être dissous dans l’éther nous envahit comme un gaz.
Tu es là, et pourtant, je sais que tu ne peux pas revenir. C’est comme si tu n’étais jamais parti.
Je suis à l'orée de la colère. Rien de ce qui est définitif n'est juste, dans ce monde où la loi est de passer.
J'essaie de ne pas me révolter. A partir d'un certain âge, ne pas accepter ce joug des deuils dans un cabrement épuisant de l’âme est une preuve de bêtise. Mais je t'en veux quand même d'être désormais si inaccessible, à l'abri des autres, de leur amour.
Ce n'est pas tant que j'avais mille choses à te dire. C'est seulement que désormais, j'ai un convive de moins à ma table. Les beaux couchers de soleil sur la campagne natale, les instants où, rejetant le bonheur concave qui sonne creux pour l’apaisement d’une âme sereine, vaguement triste, celle de celui qui cherche à comprendre et à percer le sens des petites choses, tous ces instants où l'on éprouve le toucher de son âme sur le réel, où l'on est presque heureux de payer cet esprit pénétrant d'une monnaie d'amertume, d'éprouver la tristesse résignée de celui qui attend son tour, sans courir, sans détaler, mais comme assis en lui-même, réchauffé par un noyau tiède de bravoure niché au coeur de peur ... avec qui partager cela maintenant ?
Si tu n'étais pas un ami (trop craint, peu compris et donc mal déchiffré pour cela), tu étais au moins quelqu'un qui avait compris « comment ça tourne ». Maintenant ... Si entourée, si cernée par les autres qui sont comme un rempart à moi-même, si seule, sans filet ... c'est à cela qu'il faut s'accoutumer.
Pour ne pas désespérer, il y a Dieu. Mais Lui, sait-Il qu'il nous a fait un coeur trop tendre pour la vie, lorsqu'elle fuit de ceux qu'on aime ?
Dans le jardin d'automne, les doigts tachés de framboises trop mûres, de ces mêmes stigmates que posait la même gourmandise qu'autrefois, quand j'étais ta petite fille, les mêmes rougeurs d'assassin sur mes mains qui ont si peu grandi, un trimestre après tes funérailles, je sais enfin ce que c'est de se sentir orphelin.
15:55 Publié dans Petits poèmes en prose | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Bonjour, alors là, bravo ! J'aime vos mots, ils touchent au sensible. Je reviendrai vous visiter. Cordialement, JB
Ecrit par : impolitis | 08.10.2006
ENFIN !!
Ecrit par : yves-marie | 18.10.2006
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